Et si les enfants n'avaient besoin ni de punitions... ni de récompenses ?
- Laurie Roy

- 20 juil.
- 4 min de lecture
Il y a une scène qui revient souvent à La ferme Pélipa.
Deux enfants jouent ensemble dans le jardin. Une pelle change de mains un peu brusquement. L'un pleure, l'autre serre très fort l'outil contre lui.
Pendant quelques secondes, tous les regards se tournent vers l'adulte.
Que va-t-il faire ?
Va-t-il punir celui qui a pris la pelle ?
Va-t-il récompenser celui qui acceptera de la rendre ?
Pendant longtemps, c'est ce que nous aurions probablement fait. Parce que c'est ainsi que la plupart d'entre nous avons grandi. Punir les "mauvais comportements". Féliciter les "bons".
Mais, avec le temps, nous avons découvert une autre façon d'accompagner les enfants.
Aujourd'hui, nous essayons de ne plus chercher qui a tort et qui a raison.
Nous cherchons plutôt à comprendre ce qui se passe derrière le comportement.

Les enfants ne cherchent pas à nous compliquer la vie
Quand un enfant crie, refuse de participer, pousse un autre enfant ou éclate en sanglots, il est facile de croire qu'il nous provoque.
Pourtant, notre expérience nous montre autre chose.
À chaque fois que nous avons pris le temps d'aller voir un peu plus loin, nous avons découvert un besoin qui demandait simplement à être entendu.
Un enfant était épuisé.
Un autre avait besoin de bouger.
Un troisième avait peur de perdre sa place dans le groupe.
Une petite fille voulait simplement terminer ce qu'elle avait commencé avant de ranger.
Rien de tout cela n'était visible au premier regard.
Et pourtant, c'était là que se trouvait la véritable histoire.
Les animaux nous l'enseignent tous les jours
Vivre avec des animaux nous rappelle quelque chose d'essentiel.
Quand une poule s'isole, nous ne la grondons pas.
Nous cherchons à comprendre.
Est-elle malade ?
A-t-elle trop chaud ?
Est-elle dominée par les autres ?
Quand un âne refuse d'avancer, nous savons qu'il ne cherche pas à nous défier.
Nous nous demandons plutôt :
A-t-il peur ?
Est-il fatigué ?
Ne comprend-il pas ce que nous lui demandons ?
Pourquoi serait-ce différent avec les enfants ?
Eux aussi expriment leurs besoins comme ils le peuvent.
Parfois avec des mots.
Parfois avec leurs comportements.
Les punitions arrêtent parfois un geste...
...mais elles répondent rarement au besoin qui l'a provoqué.
Bien sûr, une punition peut faire cesser un comportement.
Parce que l'enfant a peur.
Parce qu'il veut éviter une conséquence.
Parce qu'il ne veut pas décevoir.
Mais que se passe-t-il lorsque l'adulte n'est plus là ?
Très souvent, le comportement revient.
Non pas parce que l'enfant est "méchant".
Simplement parce que le besoin, lui, est toujours présent.
Et les récompenses ?
Pendant longtemps, nous pensions qu'elles étaient sans danger.
Après tout, offrir un autocollant, un bonbon ou dire "Bravo !" semblait beaucoup plus doux qu'une punition.
Puis nous avons commencé à observer.
Quand les récompenses disparaissaient...
Certains enfants perdaient soudain l'envie de participer.
Ils demandaient :
« Qu'est-ce qu'on gagne ? »
Cette petite phrase nous a beaucoup fait réfléchir.
Et si, sans le vouloir, nous leur avions appris à agir pour obtenir quelque chose plutôt que pour le plaisir de contribuer ?
Ce que nous cherchons à cultiver
À La ferme Pélipa, nous rêvons d'enfants qui prennent soin des animaux parce qu'ils sentent que ceux-ci ont besoin d'eau.
Pas parce qu'un adulte les regarde.
Nous rêvons d'enfants qui rangent le matériel parce qu'ils comprennent que cela permettra aux suivants de retrouver facilement les outils.
Pas parce qu'ils recevront une récompense.
Nous rêvons d'enfants qui consolent un ami parce qu'ils ressentent sa peine.
Pas parce qu'ils veulent être qualifiés de "gentils".
Cette motivation existe déjà.
Nous la voyons apparaître chaque semaine.
Elle est fragile.
Mais elle est profondément humaine.

Dire merci autrement
À La ferme Pélipa, nous essayons aussi de transformer notre manière de remercier.
Au lieu de dire :
« Tu es vraiment gentil. »
Nous préférons dire :
« Quand tu as apporté de l'eau aux lapins sans que personne ne te le demande, je me suis senti rassurée. J'avais besoin de savoir qu'ils seraient bien. Merci. »
La différence peut sembler minuscule.
Pourtant, elle change beaucoup de choses.
L'enfant ne reçoit plus une étiquette.
Il découvre que ses gestes ont un véritable impact sur les autres.
Et cela nourrit quelque chose de bien plus solide que la recherche d'approbation.
Chercher des solutions ensemble
Il arrive qu'un enfant refuse complètement de ranger.
Notre premier réflexe pourrait être :
« Tu ranges immédiatement. »
Aujourd'hui, nous essayons une autre approche.
Nous nous asseyons.
Nous parlons.
Nous cherchons à comprendre.
Puis nous expliquons aussi notre réalité.
« J'ai besoin que le matériel soit retrouvé demain par les autres enfants. Comment pourrait-on faire pour respecter ton envie de continuer à jouer tout en prenant soin du lieu ? »
Parfois, l'enfant propose lui-même une solution à laquelle nous n'aurions jamais pensé.
Et lorsqu'il participe à la décision...
Il a souvent beaucoup plus envie de la respecter.
Ce n'est pas une méthode.
C'est une façon de regarder l'être humain.
Nous ne réussissons pas toujours.
Il nous arrive encore de parler trop vite.
D'intervenir trop rapidement.
De vouloir que tout soit réglé immédiatement.
Mais les enfants nous rappellent chaque jour qu'une relation vaut souvent plus qu'une victoire.
Ce que les enfants nous apprennent
On dit souvent que nous accompagnons les enfants.
La vérité, c'est qu'ils nous éduquent aussi.
Ils nous obligent à ralentir.
À écouter davantage.
À abandonner nos automatismes.
À faire confiance.
Et, au fond, c'est peut-être cela que nous cultivons le plus à La ferme Pélipa.
Pas simplement un jardin.
Pas seulement un lieu où vivent des animaux.
Mais un endroit où petits et grands apprennent à vivre ensemble autrement.
Un endroit où l'on essaie de remplacer le pouvoir sur l'autre par le pouvoir avec l'autre.
Parce que nous croyons qu'un enfant qui agit par compréhension, par empathie et par élan du cœur n'a plus besoin de récompense pour faire le bien...
...et n'a plus besoin de punition pour apprendre de ses erreurs.
C'est un chemin exigeant.
Parfois imparfait.
Mais chaque jour passé à la ferme nous confirme que c'est un chemin qui mérite d'être emprunté.



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