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La fin du sacrifice… ou le début du vivant

Pendant longtemps, j'ai cru que prendre soin des autres était la plus belle preuve d'amour.

Être disponible.Rendre service.Répondre aux besoins.Faire passer les autres avant moi.

Comme beaucoup, je pensais que c'était cela, aimer.

Et puis un jour, sans que je puisse dire exactement quand, j'ai commencé à observer autrement.

Non pas les humains.

Le vivant. Les chevaux.Les ânes.Les poules.Les arbres.Le jardin.Les enfants.

Je passais des heures à les regarder, simplement.

Sans chercher à leur apprendre quoi que ce soit. Sans interpréter. Seulement observer.

Et une question est apparue.

Pourquoi suis-je le seul être vivant que je connais qui croit devoir s'oublier pour mériter d'aimer ?


Le cheval ne se sacrifie jamais

Le cheval est un animal profondément social.

Il veille sur son troupeau.

Il protège les plus vulnérables.

Il crée des liens très forts.

Pourtant, jamais il ne se renie.

Lorsqu'il a besoin de repos, il se repose.

Lorsqu'une situation devient insécurisante, il s'éloigne.

Lorsqu'il pose une limite, il ne culpabilise pas ensuite pendant trois jours.

Il est simplement cohérent avec ce qu'il ressent.

Nous appelons cela de l'instinct.

Et si c'était simplement une profonde fidélité à soi ?


Les arbres m'ont appris quelque chose d'immense

Regardez une forêt.

Personne n'y décide quel arbre mérite davantage de lumière.

Pourtant, chacun pousse.

Pas de la même façon.

Pas à la même vitesse.

Certains deviennent immenses.

D'autres resteront petits toute leur vie.

Et pourtant...

La forêt fonctionne.

Parce que chaque être occupe pleinement sa place.

Imaginez un instant un érable qui arrêterait de grandir pour ne pas faire d'ombre au bouleau.

Cela paraît absurde.

Pourtant...

Combien d'entre nous faisons exactement cela ?

Nous retenons nos idées.

Nous cachons notre sensibilité.

Nous minimisons nos talents.

Nous repoussons nos rêves.

Nous demandons moins que ce dont nous avons réellement besoin.

Par peur de déranger.

Par peur de prendre trop de place.

Par peur de ne plus être aimés.


Peut-être avons-nous oublié ce qu'est réellement l'amour

Je ne crois plus que l'amour demande le sacrifice.

Je crois que l'amour demande de la présence.

Une présence entière.

Pas une présence fatiguée.

Pas une présence qui donne en espérant être reconnue.

Pas une présence qui s'efface.

Une présence vivante.

Parce qu'une personne qui s'oublie finit souvent par offrir une version diminuée d'elle-même.

Alors qu'une personne profondément alignée rayonne naturellement autour d'elle.

Sans effort.

Comme un arbre.

Comme une rivière.

Comme le soleil.


Les enfants arrivent en sachant déjà

Lorsque je regarde les jeunes enfants, je suis souvent frappée.

Ils savent lorsqu'ils ont faim.

Ils savent lorsqu'ils ont besoin de courir.

Ils savent lorsqu'ils sont tristes.

Ils savent dire non.

Ils savent être émerveillés pendant vingt minutes devant un escargot.

Puis, tranquillement, nous leur apprenons autre chose.

À attendre. À rentrer dans le moule. À ignorer leur corps. À faire plaisir. À être raisonnables.

Et quelques décennies plus tard, nous dépensons énormément d'énergie pour retrouver cette capacité à nous écouter.

N'est-ce pas étonnant ?


Et si le sacrifice était une déconnexion du vivant ?

Cette idée me revient souvent lorsque je travaille au jardin.

Une plante qui manque de lumière ne produit pas davantage parce qu'elle fait des efforts.

Elle dépérit.

Une terre que l'on exploite sans jamais la nourrir finit par s'appauvrir.

Nous comprenons très bien cela pour un jardin.

Pourquoi est-ce si difficile de l'accepter pour nous-mêmes ?

Pourquoi croyons-nous que nous pouvons continuer à donner lorsque notre sol intérieur est devenu sec ?

Le vivant nous montre pourtant l'inverse.

Il faut nourrir avant de récolter. Respirer avant de courir. Recevoir avant de transmettre.


Une invitation

Je ne vous proposerai pas de transformer votre vie demain matin.

Le vivant ne fonctionne pas ainsi.

Il procède par petites transformations.

Une graine. Une pluie. Une saison. Puis une autre.

Alors aujourd'hui, je vous propose simplement d'observer.

Pendant une journée entière, remarquez chaque fois que vous dites « oui ».


Demandez-vous ensuite :

Était-ce un vrai oui ?

Ou était-ce un oui pour éviter un conflit ?

Pour être aimé ?

Pour être apprécié ?

Pour ne pas décevoir ?

Puis remarquez chaque fois que votre corps vous envoie un message.

La fatigue.

L'envie de marcher.

Le besoin de silence.

L'envie de créer.

Le besoin de pleurer.

Et, avant de répondre aux attentes du monde, demandez-vous :

« Qu'est-ce que le vivant en moi essaie de me dire ? »


C'est exactement pour cela que j'ai créé Conscient de Nature

Je ne souhaitais pas créer une formation de plus.

Je voulais créer un espace.

Un espace où l'on ralentit suffisamment pour recommencer à observer.

Observer les chevaux, non pour les contrôler, mais pour comprendre ce qu'ils révèlent de nous.

Observer les enfants, non pour les modeler, mais pour retrouver la spontanéité qu'ils portent encore.

Observer un jardin, non seulement pour apprendre à cultiver des légumes, mais pour comprendre que notre propre vie obéit aux mêmes lois : on ne récolte pas ce que l'on n'a jamais pris le temps de semer.

Observer une forêt et découvrir que la coopération n'efface pas les différences ; elle les rend fécondes.

Conscient de Nature n'est pas un programme qui vous dit qui devenir.

C'est un chemin qui vous invite à vous souvenir.

À retrouver cette part de vous qui savait déjà écouter avant que le bruit du monde ne prenne toute la place.

Parce que je crois profondément que la nature ne cherche pas à nous transformer.

Elle cherche simplement à nous ramener à notre juste place.

Et peut-être que la fin du sacrifice n'est rien d'autre que cela.

Retrouver notre place dans le vivant.

Ni au-dessus.

Ni en dessous.

Simplement... à notre place.


Et si nous avions confondu amour et sacrifice ?

Combien de fois avons-nous entendu des phrases comme :

  • « Une bonne mère se sacrifie pour ses enfants. »

  • « Quand on aime, on ne compte pas. »

  • « Pense d'abord aux autres. »

  • « Ce n'est pas le moment de penser à toi. »

Ces phrases partent souvent d'une belle intention.

Mais elles peuvent aussi nous éloigner de nous-mêmes.

Car aimer ne signifie pas disparaître.

L'amour véritable permet à chacun d'exister pleinement.

Il ne demande pas d'éteindre sa lumière pour éclairer celle des autres.

Au contraire.

Plus nous sommes profondément vivants, plus nous pouvons offrir une présence sincère.

Pas une présence nourrie par l'obligation.

Une présence nourrie par la joie.


Les enfants nous rappellent cette vérité

Lorsque nous accueillons des enfants à la ferme, nous observons souvent quelque chose de fascinant.

Un enfant sait naturellement dire qu'il est fatigué.

Il sait qu'il a faim.

Il sait qu'il a besoin de bouger.

Il sait qu'il veut explorer.

Puis, au fil des années, beaucoup apprennent à ignorer ces signaux.

À rester assis alors que leur corps demande du mouvement.

À dire oui alors qu'ils ressentent un non.

À cacher leurs émotions pour ne pas déranger.

À devenir la personne que l'on attend d'eux.

Et si une partie de notre chemin d'adulte consistait simplement à retrouver cette écoute intérieure ?



Quelques questions à vous offrir

Je vous invite à prendre quelques minutes.

Pas pour trouver les bonnes réponses.

Simplement pour écouter ce qui émerge.

  • Quand ai-je dit « oui » alors que tout mon être voulait dire « non » ?

  • Depuis combien de temps ai-je repoussé un rêve qui me tient à cœur ?

  • Quels besoins reviennent sans cesse frapper à ma porte ?

  • Est-ce que je prends soin de moi uniquement lorsqu'il me reste du temps ?

  • Qu'est-ce que mon corps essaie de me dire en ce moment ?

  • Qu'est-ce qui me procure une joie simple, mais que je ne m'autorise presque plus ?

  • Si je n'avais peur de décevoir personne, quelle serait la prochaine décision que je prendrais ?

Il n'est pas nécessaire de tout changer aujourd'hui.

Une seule réponse sincère peut déjà transformer beaucoup de choses.


Le changement commence rarement par une révolution

Aujourd'hui, peut-être pourriez-vous...

  • prendre dix minutes seul, sans téléphone ;

  • marcher quelques instants dans un boisé ou un parc ;

  • écrire ce que vous ressentez sans chercher à le corriger ;

  • dire un « non » respectueux lorsqu'un « oui » vous éloignerait de vous-même ;

  • demander de l'aide au lieu de tout porter ;

  • vous accorder une heure pour faire quelque chose qui nourrit profondément votre cœur ;

  • observer un animal ou un arbre en laissant de côté l'envie de produire ou d'aller vite.

Ces gestes paraissent minuscules.

Mais ils changent peu à peu notre manière d'habiter le monde.

Revenir au vivant

Je crois que nous avons beaucoup à réapprendre.

Non pas dans les livres.

Mais auprès du vivant.

Observer comment une forêt s'organise.

Comment un cheval communique.

Comment un enfant explore.

Comment un jardin trouve son équilibre.

Le vivant ne nous donne pas des recettes.

Il nous invite à ralentir suffisamment pour voir autrement.

À retrouver une confiance que nous portions déjà en nous avant que le bruit du monde ne nous en éloigne.

 
 
 

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